Texte publie cette semaine sur les impromptus litterraires. La consigne etait "limites" et "raison"...

Ne pas craquer ! Surtout ne pas craquer ?

Je sors à grandes enjambées du cabinet du nutritionniste, ce tortionnaire, et pour une fois je suis un peu contente de moi. J’ai réussi a perdre 3 kilos en un mois. A raison d’une soupe à midi et d’un sachet de protéines en poudre le soir, j’ai pu m’alléger de 3 tous petits kilos.
- Attention, mademoiselle, il ne faut pas craquer, hein ? Comme la dernière fois ou vous avez ruiné deux mois de cure en mangeant un gâteau !
- C’est mal !?
- Vous n’êtes plus une enfant ? Et puis si vous voulez trouver un mari il faut maigrir parce que sinon… Si je vous dis ça c’est pour votre bien. Je suis un homme, je sais bien que c’est impossible que vous ayez quelqu’un qui vous aime, grosse comme ça. Allez, courage ! C’est 130 euros. Pas de chèques, que du liquide.
Je marche pour rejoindre la bouche de métro la plus proche, et je me sens lourde. Tout le monde me regarde. Mais non ma fille, comme t’a dit le docteur personne justement ne te regarde.
Mon oeil est tout d’un coup attiré par un éclat doré. Dans la vitrine, là juste devant moi est posé un « opéra », tout lisse et brillant. Une touche d’or est posée sur la ganache du dessus. Carré, avec ses couches de couleur brune, dégradé, chocolat et café, mes deux parfums préférés. Pendant que je reste pétrifiée devant cette merveille sucrée, ma bouche tout d’un coup s’emplit de salive, je peux sentir dans un souvenir les effluves du chocolat, goûter la douceur d’enfance de cette pâtisserie, et rien que la voir me rappelle le baume que le chocolat posait sur mon âme torturée d’enfant.
Mes mains deviennent moites et je sens que l’appel est le plus fort. Je vais entrer dans la boulangerie. J’ai perdu trois kilos, ce ne sont pas ces quelques grammes qui vont faire une différence.
Tu n’as aucune volonté ! Le médecin a raison ! Allons tu connais tes limites ! Non ?
Oui, mais je suis malheureuse ! Et puis le chocolat c’est bon pour les angoisses ?
Bon après tout si tu veux finir seule, vas-y mange ce gâteau. Tu n’auras jamais d’enfants, personne ne voudra de toi. Après tout c’est ta vie ! Si tu préfères une pâtisserie, à être heureuse avec un homme et des enfants, dans une maison avec des fleurs a la fenêtre… C’est ton choix.
Pourquoi ? C’est un choix ? Celui de manger ou celui d’être heureuse ? Mais pourquoi est-ce si binaire ?
Parce que tu es une femme ! C’est tout ? C’est la vie? C’est comme ça ?
A regret je me détourne de la tentation sucrée et je traverse la rue. Un dernier regard à la vitrine, écrin de cette douceur chocolatée.
Le bruit est assourdissant, un crissement, un choc sur ma hanche et alors que je retombe lentement, avant que ma tête n’éclate sur le bitume, j’entends l’Opéra me chanter : Tu meurs et tu ne m’auras même pas mangé…


Bisous de Nathinphoenix qui doit ecrire,bon sang de bois....Plutôt que de trainer sur son blog !