26 avr. 2011

Adoption made in Arizona

J'ai longtemps hesite a faire ce billet, tant il souleve de questions et que le sujet est sensible. Suivant les lunettes que l'on chausse il sera interprete de facon differentes. Je ne souhaite pas juger mais forcement ce billet sera partial, non equilibre, et surtout subjectif. Vous le lirez tous selon des sensibilites differentes. 

Lorsque je travaillais au centre de planning familial, je fus invitee a rejoindre un groupe de reflexion sur la promotion de l'adoption. Oui vous lisez bien, "la promotion" de l'adoption. Le but etait d'encourager les jeunes-filles ou les jeunes-femmes enceintes et ne voulant ou ne pouvant pas garder l'enfant a preferer continuer leur grossesse afin de faire adopter l'enfant plutot qu'a avorter... En tant qu'accompagnatrice a la prise de decision des femmes enceintes, j'etais le public ideal...
Question de culture, d'histoire et d'héritage d'une construction sociétale particulière, je ne juge pas. Mais j'ai decouvert que pour cela, comme pour beaucoup d'autre choses, la vision americaine est extremement differente de celle de l'Europe.
Il faut savoir qu'aux etats-unis il existe trois formes d'adoption.
- L'adoption fermee, la mere biologique abandonne l'enfant a la naissance et il ne sait rien d'elle,hormis un dossier medical consultable par un medecin.L'enfant en général n'apprends que très tard qu'il a été adopte et je me souviens d'une dame qui racontait qu'elle ne savais plus comment rétablir le dialogue avec son fils, après lui avoir balance l'information a l'anniversaire de ses 15 ans. N'oublions pas que nous sommes dans la patrie du non dit et des secrets de famille...
- L'adoption semi-ouverte, la mere biologique choisi la famille qui s'occupera de l'enfant et a des nouvelles selon un planning pre-etabli, mais sans relations physiques avec l'enfant. A sa majorite l'enfant decide s'il aura des relations avec sa mere biologique ou pas.
- Et l'adoption ouverte, sorte de co-parentalite ou la mere biologique (quelque fois aussi le père, mais très rarement) et les parents adoptifs entretiennent des relations etroites et s'occupent a deux de l'enfant...

Il y a quelques temps je suis allee a un colloque ou l'association donnait la parole a des parents adoptants, des meres biologiques, et des enfants adoptes... J'y ai fait des rencontres qui me troublerent beaucoup.

D'abord le fait de choisir la famille. Un birth mother (qui avait laisse un enfant a 15 ans et qui est agee de 18 ans maintenant ) racontait a l'americaine (avec force humour et details croustillants), le cote fun de l'entretien ou les familles adoptantes justifent leur choix et disent pourquoi elles veulent un enfant. Cela m'a rappelle le film Juno, ou la jeune-fille veut savoir ou va aller son enfant. C'est un systeme tres repandu, car le nombre de grossesses adolescentes est extrement eleve aux states. (lire cet excellent article de Yibus) Je fus tres mal a l'aise... sans trop savoir pourquoi, mais je trouvais cela indecent, choquant... entendre les rires des personnes autour de moi...
Puis la question de l'argent. Il y a le package de base, les frais medicaux, l'accouchement, et les frais post-obstetricaux... Puis les petits plus, que la famille adoptante peut proposer... et cette reflexion de la dame a cote de moi (en reflexion pour l'adoption d'un enfant apres la mort de sa fille) "ca ne posera pas de problemes, mon epoux est un 6 digits" (soit un salaire a 6 chiffres). Les differents parents presents donnent des chiffres, on a l'impression de parler des differentes conditions de leasing...
Enfin les agences d'adoption, privees, venues faire leur marche. Une de ces representante, est a ma table, elle distribue ses cartes, fait la promotion de son office. Elle ne travaille qu'avec des illegaux, mexicaines, qui accouchent a Yuma. D'ailleurs une dame adoptante, est a la tribune et raconte son entrevue avec la mere biologique de son enfant... " je lui ai promi que sa fille aura une belle vie, et je l'ai remerciee de se cadeau... puis je suis partie vite, j'avais peur qu'elle change d'avis. C'était déjà arrive une fois... La mere avait change d'avis et nous n'avions pas pu avoir l'enfant, une petite-fille... Elle pleurait et moi aussi, je suis partie avec l'enfant dans les bras... je ne sais pas ce qu'elle est devenue..." et la responsable de l'agence de preciser qu'elle essaye de tout faire pour que ca se passe bien, sans "histoires". D'ailleurs un avocat est la pour expliquer les choses.
Chaque etat a sa propre loi et celle d'Arizona est tres particuliere : C'est d'ailleurs une ressource economique, rigole t'il.

A la pause je discute avec Petite Croix du Sud une native Pima, directrice du conseil de la tribu de la communaute de Salt River. Elle est la parce que pour les amerindiens les choses ne se passent pas comme cela. Les enfants dont les parents ne peuvent ou veulent pas s'occuper doivent etre adoptes dans la tribu. Elle me raconte que la loi a ete mise en place apres que des petits malins, venaient dans les villages indiens de la vallee pour "acheter" les enfants. L'adoption n'est pas dans leur culture et elle me declare, avec malice, que ce n'est pas ce qu'elle voit ici qui la convaincra que le modele blanc est meilleur.
Ah l'adoption intra familiale ou communautaire. C'etait le dernier volet de la chose... les eglises, bien-entendu, jouent un role preponderant. Deja en insistant pour qu'aucun avortement ne soit pratique, et en jouant le role d'intermediaire entre les familles Birth (ou la naissance a lieu) et les familles souhaitant adopter. Le pasteur qui en parle dit que comme cela on est sur que l'enfant sera eleve dans les memes "valeurs" chretiennes... Ce qui est "rassurant" pour la famille birth et qui garanti les origines, les racines, de l'enfant a la famille adoptante...
Quand a l'adoption intra familiale, tres repandue, les grands-parents elevent l'enfant comme leur propre enfant. Je connais des familles ou l'enfant ne sait pas qu'il est en fait le fils ou la fille de sa soeur...

Et puis il y a les adoptions internationales et cette dame qui rayonne des qu'on lui parle de sa fille adoptee en Chine... Mais est scandalisee que le gouvernement Chinois durcisse les règles... Les conditions sont assez semblables a l'Europe, sachant que c'est l'etat Americain qui chapaute cela.

Ok Nath mais pourquoi nous racontes-tu cela ?
Parce qu'il y a 44 ans aujourd'hui, le lendemain de ma naissance, je faisais la connaissance de mes parents adoptifs, mes grands-parents. Apres que mes parents, pour des raisons qui leur appartiennent, m'ait abandonnee, mes grands-parents m'ont ouvert leur coeur et leur vie.Un amour absolu, profond, sincere... l'amour qu'en tant que mere je ressens pour mes propres enfants, mais avec ce petit quelquechose en plus... que je ne saurais expliquer.

Je sais tres bien ce qui m'a choquee dans cette facon de voir l'adoption... c'est la place de l'enfant. Parce qu'on parlait des adultes, des parents, de leur quetionnements, de leur place, de leur ressenti. Mais a aucun moment des enfants.
Et pourtant cette sensation d'etre "différent" que je connais si bien. Ces difficultes d'appartenance, l'identite parfois difficile a trouver. Cette panique au moment de devenir soi-meme parent en se demandant si... si l'on ne reproduira pas...
Mais aussi cette force car on sait a quel point la vie est precieuse, mais que l'amour ne va pas de soi, qu'il peut etre absent... La force de devoir un jour se pardonner a soi-meme... pourquoi ? parce qu'on ne sait jamais si l'on est legitime... A aucun moment on ne leur a demande ce qu'eux ils en pensaient... Ce qu'eux auraient voulu... On leur a impose les choses, mais les ecoute t'on pour ameliorer le systeme ?
Je fus scandalisée par la question que l'on posa a une jeune-fille de 13 ans se trouvant entre ses "deux mères", la biologique et l'adoptante : qui préférez-vous ? Elle refusa de répondre...

Je dédie cet article a deux de mes lecteurs qui se reconnaitrons et a tous ceux et celles qui connaissent ce lien si particulier que l'on soit adoptant, adopte, ou parent biologique... Bisous de Nath.


 

17 commentaires:

Yibus a dit…

Très bel article. J'arrête de frissonner et je reviens commenter (c'est vrai, quoi, il fait 30°c chez nous, c'est frisquet).
Des bises à vous quatre et bon anniversaire + 1 jour.

Jack et Nath. a dit…

Étrange, j'ai justement abordé le thème central de ton article avec une copine à moi dernièrement. Il nous semble à toutes les deux que les parents sont de plus en plus égoistes et que cela se reflète de multiples façons, dont, entre autres, l'hyperprotectivité...

Avant, on mettait l'emphase sur le fait que les enfants devaient à tout pris vivre leur enfance alors que maintenant, il faut plutôt que les parents vivent leur "parentitude" à tout prix...

Qu'est-ce que je suis heureuse d'être d'une autre génération...

Yibus a dit…

Hum... Déjà, article bien balancé, équilibré (tu as, en effet, dû mettre du temps à l'écrire) et très émouvant. Merci de partager avec nous cette part de ton intimité.

De manière générale, l'adoption internationale, côté américain, ce sont des milliers d'agences dans le monde entier et la puissance, in fine, du billet vert... En particulier en Asie. C'est aussi la faiblesse (volontaire, hein, ce n'est pas une critique a priori) d'un contrôle de l'Etat. Pas d'agrément comme en France où celui-ci s'étend sur neuf mois (n'est-ce pas !) et indiquant que l'Etat autorise les parents à entamer les démarches vers un ou plusieurs pays.
C'est à chacun de se débrouiller...
Il existe des catalogues où les parents peuvent choisir leur enfant.
Alors, le taux d'échec de l'adoption (les parents qui confient l'enfant adopté aux "Foster care", où ils seront élevés par des familles s'occupant de plusieurs enfants adoptés) n'est pas rare, loin de là.

J'en arrive au sujet central ; pense-t-on d'abord à l'enfant ou au parent ?
Il me semble clair, dans la conférence que tu cites, que ce sont les parents dont l'intérêt est mis en avant.
Poser la question crève-coeur et gerbante, "tu préfères ton père bilogique ou adoptif ? " est une question perverse, ni plus ni moins. Perverse car la jf de 13 ans est partagée entre deux loyautés, avec l'adolescence en prime qui joue à fond.

Mais je m'égare... Si je t'ai bien comprise, tu aimerais que l'on demande aux enfants adoptés leur point de vue pour améliorer le système.
Je me permets, si cela te dit, de te poser quelques question. Libre à toi d'y répondre en privé ou ici.
1) Quels sont, selon toi, les points qui pêchent dans le système américain, puisque c'est de lui dont tu parles ?
2) Comment pourrait-on l'améliorer ?

Je te laisse répondre et je reviens ensuite, si tu le veux bien.

Bises à Seb, à Liam et Duncan.
(Ils ont une maman et il a une femme formidable).

coucou canada a dit…

Je comprend beaucoup de choses aujourd'hui.
Pleins de bisous
Elisacanada

charlotte aux fraises a dit…

foulala quel article !!
des amis francais, viennent d'adopter une petite fille, ils l'ont adoptes via la France ,car ils avaient entames les demarches il y a fort longtemps avant de venir ici
la maman me disait que depuis qu'ils ont leur petite fille ( vietnamienne) ils n'arretent pas d'etre sollicites au tel, par des cartes de visites dans la boite aux lettres etc par des societes d'adoptions americaines
c'est limite choquant ce supermarche de l'adoption

je prefere de loin la vision de l'amerindienne

bises ma belle

sandrine a dit…

Aujourd'hui on est definitivement dans une tendance "etre parent a tous prix"; il n'y a qu'a voir comment les celebrites s'affichent avec leurs bebes un peu partout, et font des inseminations a gogo. L'enfant est devenu un accessoire de mode, un mini-moi qui ne sert qu'a booster l'ego de ses parents. On ne lui demande donc pas son avis, c'est logique.:-) On lui demande juste d'etre "customizable".

nathinphoenix a dit…

@ Jack et Nath : En effet, la place du parent est la seule qui compte... On a un projet personnel et l'enfant doit le realiser. Mon fils aine veut devenir cuisinier, et nous avons entendu des : mais avec des parents diplomes c'est un peu la honte non ?
Bises
@ Yibus: questions difficiles mais tu y reponds en partie dans le fait que les parents n'hesitent pas a abandonner l'enfant adopte s'il ne correspond pas a leurs criteres. Ils doivent tous etre ideaux et encore plus car on n'etaient pas oblige. C'est le cote charite : j'ai adopte un enfant voyez comme je suis bon. La plupart des adoptant intra-us sont des gens ayant des enfants biologiques,et mettant en avant l'enfant adopte comme preuve de leur chretientee. ( je parle des us et je ne fais pas de generalite entendons nous bien, chaque cas est different !)
J'aimerai que l'on demande aux enfants, car je pense que beaucoup diraient qu'ils auraient perfere rester avec leur mere biologique, souvent leurs parents, car le garcon est rarement consulte dans l'histoire, et que ce sont l'absence de soutien, la pression de la societe alentour qui...
Si on arrete de mettre l'argent au coeur du systeme (notament avec les illegaux) cela reduirai considerablement les traffics. Si on faisait ue education sexuelle digne de ce nom, aussi ! Et puis mais cela est un opinion perso, tres perso, si on acceptait qu'une jeune-fille puisse avorter plutot que de faire adopter, cela serai beaucoup plus simple. Mais je sens que je vais me faire agonir car la vie est belle, blablabla... Je reponds a cela : vis ma vie d'enfant non desire et tu comprendras !
Mais encore un fois c'est tellement perso que je pense etre quelquefois incomprehensible...
@ Elisa : C'etait mon 1/4 d'heure mieux me comprendre !
@ Charlotte : Tu as resume la chose, le supermarche !

Calamity Me a dit…

Quand avoir un enfant se rapproche d'aller faire ses courses, c'en est revoltant ! degoutant ! ecoeurant !
BERK
Je suis entierement d'accord avec toi, il serait important que les jeune-filles aient le choix, un REEL choix : d'abord de le concevoir puis de le garder ou de ne pas le garder...
Quant aux parents egoistes... malheureusement c'est bien souvent le cas et pas seulement en adoptant mais aussi en concevant !
Pourquoi fait-on des enfants ? A mediter...

Françoise a dit…

Merci Nath
De grosses bises
Françoise

helen. a dit…

Je vais être consensuelle mais évidemment si elles pouvaient avoir le choix ces jeunes filles...
"Drôle" d'Amérique.
Ne pas avoir été désiré , c'est une croix (désolée pour le terme biblique hein) pour toute sa vie et j'imagine que les adoptés le ressentent.

nathinphoenix a dit…

@ Calmity : on fait des enfants parce qu'on en a envie, inconsciemment aussi... Mais pas pour se prouver quoique ce soit, Et ton cow boy et toi vous en savez quelquechose !..
@ Francoise : je vous embrasse la princesse et toi...
@ Helen : oui charmant tableau n'est ce pas ? je suis d'accord c'est un fardeau que l'on traine sa vie entiere, meme si ca donne la force de passer tous les obstacles.
C'est d'ailleurs un des themes de mon roman...
Bisous - Nath

nathinphoenix a dit…

@ Sandrine : tu as tout dit !

Sandrine a dit…

ah j'ai cru que mon commentaire s'etait fondu dans cette avalanche! :=)

Etant moi meme a moitie adoptee (par mon beau pere) je crois savoir un peu ce que tu ressens. Lorsque mon demi frere est né j'ai nettement senti la difference. je n'etais plus "son" enfant. J'ai toujours "recherche un pere," a cause de ca!

Bidibule a dit…

oh je reconnais l'amour de mes propres GP dans ce que tu decris pour toi
Bises

Ophélie a dit…

Je lis votre blog depuis longtemps mais n'ai jamais commenté, je crois. Aujourd'hui, pourtant, je le fais parce que ce sujet me touche. Mon père a vécu pendant 10ans avec une femme qui avait adopté un enfant à 6 mois. Il est aujourd'hui agé de 16ans et je le considère comme mon frère. Etant plus agée que lui, j'ai vu l'adoption des deux côtés ( j'ai pu voir les problèmes qu'avait sa mère pour élever son fils qui, étant asiatique et donc "différent" de sa mère, n'a pas été épargné par ses copains camarades de classe mais j'ai pu aussi voir le mal-être de mon ptit frère concernant son identité.
En plus, il ya deux ans, ma mère a lancé une procédure d'adoption avec son mari et, du coup, j'ai pu voir le long chemin que constitue une adoption internationale, en France.

Effectivement, le système américain est loin d'être parfait mais je trouve que l'adoption semie-ouverte est un bon moyen pour l'enfant de savoir d'où il vient et de pouvoir avoir accès aux information concernant sa mère.
Par contre, il est clair que l'agrément que l'on doit obtenir en France manque au système américain.

En fait, je dirais que les deux systèmes ont du bon et du mauvais. Par exemple, je trouve que l'age minimum pour adopter est beaucoup trop élevé en France. Pourquoi quelqu'un qui a moins de 28ans ne pourrait-il pas adopter? Et le temps qu'il faut pour adopter est vraiment très long, et c'est en partie dû au fait que l'adoption est majoritairement internationale.

En fait, il faudrait trouver un juste milieu entre le système américain et le système français. Pour commencer, il faudrait déjà arréter de diaboliser l'avortement aux USA et l'abandon d'enfant en France. En France, une jeune fille qui a dépassé la date d'avortement se voit quasiment obligée de garder son enfant même si elle ne veut pas ou ne peut pas et ça parce que, généralement, si l'on apprend qu'une femme a abandonné son enfant on la juge très rapidement! Je trouve ça absurde. N'importe quelle femme enceinte devrait pouvoir faire son choix librement sans avoir peur du jugement des autres...

Ophélie a dit…

En fait, je m'apperçois que j'avais déjà commenté votre blog puisque j'avais gagné un ptit cactus aimanté lors d'un jeu :)

Valerie a dit…

C'est un vaste sujet, difficile sujet, que je ne connais pas donc je m'abstiendrai d'en parler, par contre je voulais te remercier d'avoir partagé cela avec nous...gros bisous.