17 nov. 2010

Matthew's story

Cela fait désormais 8 ans que je suis marie a Ashley. Huit longues années et 3 enfants. On a parle du 4 me ce matin au petit-déjeuner... Et puis après je suis sorti. J'ai fait comme tous les matins.

Je suis parti travailler.

Ashley, ma blonde, ma belle, ma parfaite, va conduire les enfants a l'école, marcher avec ses amies, puis prendre le lunch dans un de ses restaurant préféré. Avant de repartir chercher les enfants, au volant de son immense SUV noir.

Ce matin pourtant c'est différent. Elle ne m'a pas plus ni moins adresse la parole, elle m'a autant agoni de reproches qu'a l'habitude. Avant de me lancer la promotion de Greg en pleine tête. Je n'ai rien dit.

Je n'ai pas tenu les promesses de ma jeunesse.

Je roule sur la 60, elle est "packed" comme tous les jours. J'avance au pas et j'observe les gens autour de moi.
Mais que se passe t'il ? pourquoi est ce que je sens monter la colère en moi ? Pourquoi je sens cette rage ?
Pourtant j'ai appris a ne pas dire non, j'ai toujours fait ce qu'on attendait de moi. Être un bon provider, le rôle que m'ont assigne mes parents ce matin de juillet.

Je revois la tête de Heather, décomposée, le visage si beau d'Asley, boursouffle de larmes, et mes parents effondres. Mon père m'a lance ce regard, celui dans lequel j'ai devine la déception que je lui causais.
Enceinte ! Le père d'Ashley me l'a crie, plusieurs fois.

Dans un rêve je vois le mariage, vite conclu. Ashley a un ensemble bleu, sa mère pleure, nous ne sommes que 6.
Puis nous nous installons dans la petite maison de Chandler, que nos parents nous ont aide a acheter, sur 30 ans. Ce n'est pas Paradise Valley, ni Scottsdale, mais pas non plus Tempe, ou pire, Mesa.
L'université, c'était fini. Je devais travailler. Je devais subvenir aux besoins de cet enfant, puis des deux autres qu'Ashley a voulu très vite.
Nous nous sommes fait des amis. Je n'ai jamais revu mes condisciples de high School. Je sais qu'Ashley les côtoient sur Facebook, puis me fait le panégyrique de leurs réussites au diner.

Pourquoi suis-je en colère ?

J'aime mes enfants, et je travaille dur pour leur assurer le nécessaire, et le superflu. Cette ecole qui nous coute les yeux de la tete mais qui est tout ce qui reste de la splendeur passee de ma princesse. Oui, Ashley veut un autre bébé...
Pourquoi ? Mais enfin j'ai toujours voulu 4 enfants !
Oui mais pourquoi ? Je ne sais pas, faut il toujours tout expliquer ? J'en veux 4.
Et moi ? qu'est ce que je veux ? Elle rit, rit, rit fort... rit longtemps.

Tout a coup la stupidité de la situation me frappe. Ce dernier bebe c'est des années de plus a aller a l'école, a continuer d'avoir l'illusion qu'elle est toujours "hype".

Je veux penser a moi... je veux penser a moi...
Mais comment ? comment sortir de tout ca ?
Je devrai aimer ma vie, cet emploi d'informaticien décroché après un undergraduate rapide, appelé "manager" mais de-localisable au prochain audit.

Dans une semaine c'est thanksgiving. Dans une semaine je devrai affronter le regard goguenard de mes sœurs, le sourire contraint de ma mère, le regard paternel au dessus de la dinde, et le sourire en coin de mon beau-frère, ce con de Greg qui a enfin décroché le statut d'associé dans le cabinet de mon père.

Et si je n'y allais pas ? non c'est pas possible... Je me dois a ma famille.
Et si je n'y allais pas ? non c'est impossible... Mon boss compte sur moi.
Et si je n'y allais pas ? Non c'est impossible... Ashley veut un autre enfant.

Je fonce sur l'autoroute, il est 10 heures du matin et j'ai jeté mon portable aux scorpions...

Je tente le sud.

12 commentaires:

lapuce a dit…

ouf ... en voilà une histoire triste qui va peut-être faire un happy end!
J'aime beaucoup l'idée de jeter le portable (ou tout autre oripeau d'une vie dont on ne veut plus) aux scorpions.

Homéo a dit…

@lapuce le truc c'est que ce que raconte Nath là n'est pas une fiction, c'est la réalité, une réalité très très présente dans le sud des Etats Unis.

Yibus a dit…

Mince, s'il a jeté le portable, c'est la porte d'entrée vers le suicide social...
Avant le suicide tout court ou la disparition des radars de la société. Après, vie de survivaliste, il prend tout ce qu'il peut de liquide à la banque, il jette ses papiers, vit de petits boulots au noir, se dégotte un abri pour dormir...

charlotte aux fraises a dit…

triste banalite de la vie que cette histoire
mais fuir est ce vraiment une solution ?

sweety a dit…

Moi aussi j'ai bien envie de tenter le Sud....soleil,pas trop de stress et some money pour en profiter quand meme!!!! non sans blague,cette histoire me fait penser a ce film ou Michael Douglas pete les plombs sur la freeway,laisse en plan sa voiture et par a pied en devenant un outlaw .... Aux orties femme,enfants,pets et vie bien(trop) reglee! Parfois ca peut demanger!!!!

sandrine a dit…

Il faudrait qu'il abandonne sa voiture aussi. Là, ce serait vraiment du suicide social.

lapuce a dit…

Ah oui, moi aussi j'ai pensé à ce film avec Douglas, un truc qui te fait bien froid dans le dos
Donc, il semblerait que j'ai besoin d'une explication : Nath, brodes-tu un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout sur des faits que tu observes ou que l'on te raconte? Ou bien est-ce pure fiction?
Au fond, cela change peu la lecture : on sait assez que ce genre de choses arrivent, notamment aux US ; il suffit de lire dans la foulée un roman de Douglas Kennedy (où le héros se reconstruit une identité) et le récit du "voyage" de Chris MacCandless dans "Into the wild" pour prendre toute la mesure des contraintes de la société américaine ET l'historique de la "frontière", de la conquête de l'ouest et de cette nature incroyable qui permet de disparaître en quasiment un clin d'oeil.
Plusieurs sujets qui me fascinent, là ...

Claire a dit…

comment dire... ca me rappelle qqch... qqn peut-etre...
je ne peux m'empecher de penser que s'il restait, elle le lui ferait qu'il le veuille ou non, ce 4eme...
mais sans doute ne suis je pas tres objective :p

en tout cas, vrai ou pas vrai, mais y a surement du vrai ! c'est joliment ecrit tout ca.

escampette a dit…

Curieux de realiser qu'au pays du Far West et de la liberte, les gens sont sur les rails du conformisme avec leur engagement ring et tout ce qui suit en show off...

En attendant ce petit billet nous rappelle que tu as un grand talent de comteuse. Et ce roman alors ?? J'ai hate moi !!
Des bisous !

nathinphoenix a dit…

@ La puce 1 et 2: pour repondre a ta question, je ne brode pas. Je compile ce que j'observe, ce que l'on me raconte de l'etat d'"homme" aux states, mais aussi de ce que la famille tant a devenir, aux US, mais aussi en France. Des mecs dans le devoir jusqu'au cou et qui se noient dans quelquechose, ou qui disent stop et partent chercher des cigarettes, j'ai toujours ete fascinee. La frontiere n'est pas qu'au Sud elle est souvent dans la tete des gens, et lorsqu'ils la franchissent c'est un aller sans retour.
@ Homeo : Tu ne me causes plus ? Je ne suis malheureusement pas sure que ce ne soit qu'au Sud des states, et pas sure que ce ne soit qu'aux states. J'en ai rencontrer des hommes comme ca ecrases par la contrainte sociale partout, meme au Mali ! Heureuse de te revoir ici.
@ Yibus : l'imagination en action... j'adore les reactions, les commentairescou tout le monde met sa realite sur un ecris... je deviens de plus en plus accro a l'ecriture on dirait. Je te fais un envoi cette semaine !
@ Charlotte : c'est bien la la question. Peut-on changer sans fuir ? Peut on lutter sans disparaitre ? ls autres l'accepteront il, et est on assez "courageux".
@ Sweety : combien de fois ai-je dit : je m'en vais. Pour revenir, quelques minutes plus tard ou quelques heures parce que j'aimais les gens que je quittais. le point de non retour, il faut etre fort pour le passer, et encore plus fort pour en revenir...
@ Sandrine : la question du suicide social m'intéresse bougrement en ce moment. Quelqu'un qui vient me voir pour en parler... c'est complique pour elle, alors que ca parait si simple pour moi... et puis les walk-away ca m'interroge violemment...
@ Claire : mais oui il est une partie de l'equation, mais pas seulement lui, tous ces gens enfermes et qui se tape la tete sur les barreaux de la cage.
@ Ecampette : oui, mais encore une fois, la situation geographique n'a pas grand chose a voir, je crois. Merci pour le rappel a l'ordre tu recevras l'email cette semaine aussi.

Bise et merci de vos commentaires de grande qualite ! Nath

ariana lamento a dit…

ouais, c'est pas si mal, le sud...
Bon, je plaisante, en fait, j'aime bien ce texte.

DELPHILADELPHIE a dit…

oui j'ai pense tres fort au roman de Douglas Kennedy et la je lis une histoire de ken grimwood REPLAY c est vraiment sympa pour ceux et celles qui ne connaissent pas je recommende dans le meme genre :
En ce 18 oct 1988 Jeff s etrouve dans son bureau DE NY et ecoute sa femme au tel
- il lui faut un enfant
une maison plus confortable
mais surtout parler a coeur ouvert
sur ce jeff meurt d une crise cardiaque et se reveille en 63 a l age de 18 ans dans son ancienne chambre d universite ...va t il connaitre le meme avenir? non il s est maintenant qu il va gagner le prochain derby et ce qu il en sera d ibm et d apple !de quoi devenir l homme le plus puissant du monde jusqu'a.....une 2 eme mort puis une 3 eme puis une 4 eme vie commence ! etc.....
bon pour ton histoire moi je veux la suite ! bises from NJ