29 août 2008

Demi-anniversaire

Et oui il y a 6 mois - a deux jours pret - nous nous reveillions dans ce nouveau pays.

Au bout de 6 mois de "regime" US, j'ai toujours autant de mal a repondre a la question que beaucoup de gens - les americains s'entends - me pose :
Vous preferez la France ou les Etats-unis ?
Alors la vous m'en posez des colles.
Aimer un pays c'est quoi ?

Parce qu' on doit tout aimer ? parce que si je n'aime pas ai-je le choix ? Parce que un pays ce n'est pas une entite absolue, j'aime tout, j'aime rien, mais une mosaique... Et puis les sentiments ne sont-ils pas melanges un jour ca va le lendemain non, et la moyenne fait plutot oui ou plutot non ?

Qu'est ce que cette experience m'apporte serai plus juste. Mais alors la, avec la subtilite des autochtones, c'est pas evident d'en discuter...
Globalement oui j'aime bien les states. En tout cas plus que la Suisse, qui est ma seconde nationalite. Mais moins que la France, pays ou je suis nee, et dont je suis un pur produit - critique, acerbe, tetue, pleine d'humour, bellemerveilleuseadorablemagnifique... oups je m'egare - car elevee dans sa culture et son esprit libertaire.
Mais a -t'on le droit de le dire ? Et ne va-t'on pas heurter les sentiments patriotiques de nos interlocuteurs ?

Sur les blogs, les personnes se definissent comme "expatriees". Je me definie personellement comme "immigree". Je suis partie de mon pays, en laissant tout, pour m'installer dans un nouveau pays, avec un job en contrat local, donc si je dois revenir je dois de nouveau tout recommencer.

Deux exemples me reviennent en tete, ils montrent pour moi la difference semantique entre les deux termes, les deux realites.

Lorsque je commencais a travailler, j'ai eu un contrat avec une association qui proposait une aide aux devoirs gratuite pour les enfants dont les parents ne pouvaient pas payer des cours. J'avais comme "eleve" un charmant garcon, dont les parents sont portugais et occupaient une loge de concierge dans un magnifique immeuble de la rue Dauphine a Paris. Un loge de 20 m2 ou ils s'entassaient a 4, et ou personne n'avait d'intimite, d'espace, de centre de repos personnel, les enfants dormaient dans le meme lit et les parents sur un convertible defonce entre la cuisine, et le couloir... un logement plus que vetuste !
Et puis la photo... la photo de leur maison au Portugal, une vaste villa avec des chambres pour tout le monde, un salon, une salle a manger avec des meubles cires, et une grande cuisine campagnarde. Pas une annee sans que toute la famille n'y aille pour les vacances, pas une semaine sans que l'argent ne soit envoye, pas un jour sans que la famille ne se retrouve autour de la photo pour evoquer le jour ou ils partiront tous vers ce paradis, leur paradis !

Je les considere eux comme expatries, ils se construisent, au prix d'un inconfort extreme, et de quelques souffrances aussi, un avenir, qu'ils esperent radieux. C'etait le cas de cette immigration de la premiere generation, d'il y a 30 ans. Se construire un autre demain.

L'autre exemple est celui d'une des employees de mon dernier job. Cap-verdienne et senegalaise, elle ne vivait pas trop mal entre le Senegal et le Cap-vert, lorsque des hasards de la vie, des rencontres, la fire partir... mais sans espoir de retour. Elle mit son commerce en gerance, ses enfants a son frere, et elle parti... En France, avec le fol espoir de faire venir sa fille cadette, souffrant d'une maladie orpheline, afin qu'elle puisse beneficier de soins. Lorsque nous parlions de sa relation a la France, elle me disait : je suis une immigree. Jamais je ne retournerais dans mon pays. Ma vie est ici et je sais pourquoi... Ce qui me fait le plus mal c'est que les personnes chez qui je fais le menage, croient que je suis une idiote, une imbecile, c'est quand ils ne me parlent pas car je fais partie des meubles... Par la force des choses, ce pays est devenu un peu le mien, j'y vis, j'y travaille, et je cherche a le comprendre...

Je me sens plus proche de cela. Plus rien ne m'attends en France, je n'y ai plus de maison, d'attaches physiques, de travail... Lorsque nous repartirons, si nous repartons, nous devrons tout recommencer, un peu largues dans un pays qui aura avance sans nous, avec des codes, des blagues, de references que nous n'aurons plus. Nous serons les "americains" alors qu'ici nous sommes les "francais"...
Le retour "au bled" de beaucoup d'immigres de la premiere generation - les annees 60 - se solderent par un retour amer en France...

Alors j'ai de la chance. Car je suis une bonne immigree, integree, parlant la langue, et blanche. Issue d'un pays qui fait rever ici, et qui a investi.
Je n'ai pas le statut social de l'immigree, qui a fuit son pays, la pauvrete, la difficulte de vivre au quotidien.

Mais je suis dans le meme cas, dans le meme bateau. Demain Seb pert son boulot nous serons chasses du pays.
Lorsque nous arrivons sur le territoire americain, nous ne sommes pas consideres comme des residents - meme si nous payons nos impots ici et habitons dans ce pays - mais comme des etrangers. Yibus raconte meme cette scene ou le douanier leur dit que d'un seul coup de tampon il peut leur retirer le droit d'etre aux US !

Et oui nous sommes des immigres, nous ne sommes pas chez nous... En cela je me sens tres proche de ma copine Miry, mexicaine en situation legale, epouse du collegue de mon cher et tendre, et pleine de ressentiment pour cette population americaine, la considerant comme infrequentable car "morena" tres brune de peau, et se permettant de se moquer de son accent...
Mon statut de Francaise m'en protege.

Et la question qui tue : un jour deviendrez-vous plus americaine que francaise ?

Barack Obama a raison. Lors de son discours d'investiture au titre de candidat, il a exhorte a etre moins entierement tourne vers son pays mais plus vers le monde afin de se considerer aussi citoyen du monde...

Je suis sur ce chemin... arriverais-je au bout ?

5 commentaires:

Yibus a dit…

salut nath,
Très beau texte, plein de questions. Moi-même m'en pose pas mal. Même si l'épisode de l'aéroport ne fut pas très agréable, j'ai conscience d'être très très privilégié comme tu l'as si bien écrit.

Je me considère comme expatrié parce que nous avons un lieu d'attache (un appartement à Paris que nous louons) et madame a un contrat de 2 ans + 2 ans si elle le désire.
En revanche, j'ai démissionné de mon travail et tout sera à refaire quand nous reviendrons. Car nous retournerons un jour en France. Etant père au foyer ici, j'ai aussi un statut social étrange pour les locaux...

Et l'expatriation est, au-delà des clichés que peuvent véhiculer certains discours d'amis et de la famille, une réelle remise en question d'une partie de son identité.
Ainsi, je dirai, sans m'étendre qu'il est difficile de communiquer ce qu'on vit au quotidien... Surtout quand les personnes avec lesquelles on parle ne viennent pas voir et partager votre quotidien...

nathinphoenix a dit…

merci yibus, c'est vrai que je supporte tres mal quand on me dit tu ne peux pas comprendre tu n'es pas americaine, et de l'autre cote lorsqu'on me sort - ou pire a mes enfants ! - on est pas aux states ici on sait se tenir...

Ton statu de pere au foyer est tres interessant et je peux comprendre - un peu - ce que tu vis, ayant accompagne professionellement un homme voulant etre nounou... il y est arrive mais avec beaucoup beaucoup de motivation... En tout cas bravo pour ton choix...

Mary a dit…

Rester, revenir, telle est la question! Pour moi, il faudrait inventer autant de termes qu'il y a de personnes expatriees.
Certains n'ont pas le choix, leurs contrats et visas ayant une duree limitee. Projeter leur retour est une obligation, une realitee parfois subie.
Nous on est entre les deux et quand la question d'un retour s'est posee pour la premiere fois, nous avons realise que nous n'etions pas prets, meme si nous n'envisageons pas de ne pas revivre en France, pres des gens qui nous sont chers.
Je ne me sens pas bcp de points communs avec les immigres portugais en France, nous vivons ici comme si nous vivions en France, et profitons de la vie. Nous vivons cette eperience comme une merveilleuse aventure avant tout, qui devrait nous ouvrir l'esprit.
De meme, ma situation n'a rien de commun avec celle de mes grand-parents immigres italiens, prives de libertes dans leur pays ils ont choisi de le quitter.
Question de siecle surement, c'est l'aventure, avant une situation financiere plus avantageuse, que nous sommes venus chercher ici, et puis nous avons les moyens de rentrer chez nous assez facilement et restons en contact permanent avec notre famille.
Pour finir, comme dis Yibus, meme apres seulement 4 ans passes ici, nous aurons bcp de mal aussi a nous readapter en France, je pense, et nous serons c'est sur toujours consideres comme les "americains".
C'est pourquoi, je pense qu'avant tout le mot expatrie est un mot du 20/21eme siecle qui recouvre de multiples realites personnelles.
On pourrait peut etre dire que les expatries sont des personnes libres (venant de nations libres et developpees)d'aller et de revenir qui tentent une aventure professionnelle et humaine ailleurs que dans leur pays, quelle que soit la duree?

nathinphoenix a dit…

bon ben j'ai plus rien a dire - bravo Mary !

Elo a dit…

j'avais écrit un roman.. tout est parti.... Du coup, je n'ai plus le courage là!
Mais simplement, je disais que ton texte est beau, et qu'il donne à réfléchir. Je pense aussi que, quitter son pays une 1ère fois, c'est devenir étranger pour son pays natal et son pays d'adoption. Cela doit être dur à gérer.
Nous faisons le choix de nous immigrer, pour voir si l'herbe est plus verte ailleurs, nous n'avons pas le but de revenir en France sauf catastrophe ou accord commun. Mais outre le fait de tout quitter pour changer de vie, je sais qu'on y laissera fatalement quelque chose...
Notre identité peut être?!?