20 oct. 2009

La croisee des chemins.

S'il y a bien quelque chose qui m'enerve, c'est lorsque l'on me dit : tu es une expatriee... Non ! je ne le suis pas.
Je suis techniquement une impatriee.(voir la definition) ou plutot ce qu'on appelle le "conjoint suiveur " de l'impatrie. Soit une personne qui a choisi de suivre son compagnon et pour cela de renoncer a sa carriere professionnelle.

Petit retour en arriere...

Ce soir la, nous sommes devant un plat de pates, au resto, et je sentais bien que depuis quelque temps mon amour etait preoccupe. Il me lache enfin : On pense a moi, au boulot, pour installer des serveurs (informatiques, et c'est plus complique que cela mais je vous fais grace des details) dans les centres what else ? du monde.
Ah lachais-je...
Mais de ce moment je savais que ce que je redoutais depuis longtemps allait se mettre en marche. Des voyages dans tous les coins de la planete pour plus ou moins longtemps, de longues separations, les enfants, la maison a gerer, et surtout ce qui etait le plus difficile pour moi : l'absence de mon mec. Eh oui, je suis une incorrigible amoureuse et je n'ai pas choisi de vivre avec quelqu'un pour n'accepter de ne le voir que quelques jours par an. Je l'aime que voulez-vous ?

Alors, moi, pour qui vivre loin de mon pays, la France, etait proprement inconcevable, j'ai cherche une solution qui passait automatiquement par un demenagement loin de ma vie... et loin de mon job, donc d'une grosse partie de mon identitee.
Celle qui s'est imposee etait une impatriation, soit un contrat local pour Seb, sans date de retour, et avec une idee qui est : c'est complique de repartir en arriere. Il faut qu'un poste s'ouvre, que l'on soit interesse par le poste et que l'on reparte dans une negiciation a zero (salaire, demenagement... etc.)
L'entreprise a fait les choses tres bien avec un package incluant une aide pour la famille, et l'obtention d'un permis de travail pour moi. Ce qui n'aurait pas ete possible avec une expatriation avec date de retour obligatoire.

Sauf que j'hesitais, longuement. Je ne voulais pas partir... j'avais la trouille au ventre de ne plus pouvoir travailler dans ce que j'aimais et que j'avais mis tant d'efforts a obtenir. Mais voila, la raison l'a emporte et il y a deux ans maintenant, je demissionais de mon poste, et partais en disant que je maudissais la mondialisation...
L'excitation du depart, et pour Seb, une longue mission au Bresil qui m'a fait voir, qu'en effet, pour notre famille, la separation etait la pire des solutions...
Gerer les enfants, la vente de la maison, les adieux plus ou moins douloureux. Je debutais le blog en confiant deja mes doutes... Mais j'etais heureuse de quitter la Haute-savoie, le froid et la neige (on se rassure comme on peut) et en versant des torrents de larmes lorsque je traversais la frontiere de Veigy... et puis l'arrivee aux states.
La decouverte, le choc culturel qui met du temps a s'imposer, le reseau social, les nouveaux amis, les francais qui viennent et qui repartent, et toujours cette question : et vous rentrez quand ? et toujours cette reponse : on ne sais pas.

L'adaptation s'est faite sans (trop de )problemes, vivre aux Etats-unis c'est plus facile qu'en Inde, ou en Chine, ou je ne sais ou... certes.

Sauf que je suis le conjoint suiveur, avec tout ce que cela impose. La culture de la nana qui reste le cul devant la piscine, a faire des playdates et des commerages avec les mamans du PTO. Ou si elle veut s'occuper a faire des tentatives artistiques, ou culturelles, ou... Mais qu'importe, ton mec travaille. Et aux etats-unis d'amerique, il n'est pas de bon ton qu'une mom, dont le mari est a l'aise financierement, neglige ses enfants et ne fasse pas le taxi... Et avec une entreprise assez concervatrice (la mere de famille qui travaille en Suisse est peu aidee, voire respectee dans certains cantons comme en Allemagne) et dont la direction est sud-americaine, tres "macho", c'est encore plus compliquee. J'ai reussi a entendre : En fait ce qui compte c'est votre mari, vous c'est accessoire...
Travailler a l'etranger c'est dur, mais si l'on veut travailler dans sa branche c'est encore plus complique. Mes competences c'est l'humain, sa fragilite, son mal-etre, lui proposer des solutions pour qu'il se releve lorsqu'il trebuche ou tombe. Mais c'est societal, on ne peut le faire que si l'on accepte dans son integralite les fondements de la societe dans laquelle on exerce.
Bien-sur je peux travailler dans autre chose, instit (sauf que je ne supporte pas les enfants americains mal-eleves), serveuse, prof de francais chez Berlitz... Mais que 10% de chomage ca n'aide pas et que dans ce type de periode, lorsque les employeurs ont des centaines de CV americains, ils ne s'enquiquinent pas a meme repondre a un cv etranger avec des diplomes qu'ils ne connaissent pas...

Mais merde ! Pourquoi je devrais renoncer ? Pourquoi je devrais dire amen, c'est pas grave tout ce que je me suis cassee le cul a faire comme diplomes, formations, toute cette expertise que j'ai acquise, je la met sous le boisseau et je ne la ramene pas ? apres tout... apres tout quoi ? je ne suis qu'une femme ! (ca aussi entendu a l'ecole internationale) Et encore en tant que femme, c'est dans l'ordre logique, accepter et acceptable. Qu'en est-il des hommes qui sont dans ma position ? ils ont du mal... j'en connais qui s'inventent un boulot pour ne pas etre traites de gigolos...

Alors je resiste et j'essaye, formidablement aide par mon amour, qui doit aussi supporter mes crises depuis que j'ai, douloureusement, arrete PP...

Sauf que la, la question du temps se repose encore.
J'ai trouve une solution de boulot satisfaisante, qui m'assure un bon CV au retour, un diplome americain et une experience exportable en Europe. Mais qui coute la bagatelle de 14 000 dollars et un investissement de 2 ans... voire plus.
Et puis...
What else ? propose a mon cheri, de rentrer dans le processus de la carte verte - sesame pour habiter et travailler aux states, et que beaucoup d'etranger essayent d'avoir... Sauf qu'elle coute tres cher, et que, bien normalement, l'entreprise qui prend tout en charge, demande un contrat d'exclusivite de quelques annees. Et la pas question de partir, de changer, de refaire...

Au bout de 5 ans, les enfants seront adolescents donc difficilement bougeables pour l'ecole, les potes, la vie, et moi j'aurai 47 ans, soit une vieille dame sur le marche de l'emploi en France...
A ce moment-la, le retour sera t'il meme envisageable avant encore plus longtemps ?
Et je ne parle meme pas de la caisse de retraite, a laquelle je n'aurai plus cotise depuis des annees, et qui m'assurera le minimum vieillesse, si cela existe encore !

Alors pour trouver ma reponse, je repars en France... pour prendre la decision la plus importante de ma vie : rester ou partir...

je vous embrasse et vous dit a dans 15 jours - Nathentransit

Ps : cette "reflexion" m'engage seule, et je ne juge en aucun cas les choix des autres. Toute conception de la vie est parfaitement legitime si cela rend heureux la personne qui la vit... et ceux qui l'entoure.

22 commentaires:

Elo a dit…

ouh bien je ne pensais pas que tu en etais arrivee la.....

Prends bien le temps de reflechir alors.
Bisous

Sandrine a dit…

Je comprends ton désarroi. Comme toi, je trouve cela dur, les arrivées, les départs (c'est pour ca que j'essaie d'éviter de fréquenter des francais qui ne sont pas ici depuis longtemps, parce que les nouveaux ne comprennent pas ce que je vis, d'abord, et ensuite parce qu'il y a plus de chances qu'ils repartent), les années "sur le cul au bord de la piscine", les diplomes non reconnus. Tu décris bien tout ça. Nous, nous savons que nous ne repartirons probablement pas et cela donne une certaine paix de l'esprit. Mon mari a sa carte verte et moi ma nationalité et peut être que ce fait là me fait me sentir moins les fesses entre deux chaises. Je sais que nous aurions beaucoup de mal a nous réadapter à la France après 15 ans passés en dehors. Et puis il y a ma fille. Pas question pour elle de partir dans un pays qui n'est pas le sien. On n'a donc pas trop à se poser de questions pour l'instant.

Valerie a dit…

ah ben en voilà une nouvelle... mais tu as raison de le faire, ça peut rendre dingue de ne pas savoir si on fait le bon choix. Bonne chance dans tes réflexions et fais moi signe si tu passes par la Belgique ;)
Bisous

Mireille a dit…

Et bien ma Nath....dur, dur mais il est vrai que la décision que vous allez prendre sera la bonne, sois en sur.
Aller je te raconte ma galère de retour....et bien meme avec un CV en béton( formations et travail américain) les potentiels employeurs posent très peu de questions sur cette partie de ma vie, ils sont admiratifs mais peu interessés, ils semblent effrayés. Ils sont beaucoup plus attentifs a ce que j'ai fait avant mais cela fait longtemps déjà. La plupart me disent que j'ai surtout un cv trop interessant pour leur soi-disant entreprise..et que je vais trouver sans problème un emploi beaucoup plus approprié...mais voilà à l'heure actuelle, c'est la galère...
Tu parles des enfants, nos pré-ados(13ans) nous répètent sans arret que nous avons fait la plus grosse betise de notre vie, en revenant en France...qu'ils galèrent pour le français malgré le CNED, que les profs étaient beaucoup plus sympas....et blabla...bon on le sait ce sont des ados..mais c'est dur..
Et pour finir un mari qui a repris ses voyages interminables...le Mexique, le Brésil, les Usa, la Roumanie, le Japon..et moi je suis là j'attend, je quete, je surveille..je déprime...
Ceci est "notre retour", nous ne le regrettons pas car nous l'avons choisi mais j'aurais voulu qu'il soit un petit peu différent...
Alors voilà, je veux juste te dire de prendre les meilleurs des décision pour toi et pour ta petite famille.
Bon voyage.
Bisous

Homéo a dit…

j'ai pas bien compris en quoi le fait de "repartir" en France pour 15 jours te permettra de prendre une décision ...mais je te souhaite de trouver une réponse à tes interrogations pendant ce laps de temps.

nathinphoenix a dit…

@ elo : Don't worry, mais c'est vrai que nos deux situations sont differentes...
@ Sandrine : suis pas la seule a penser ca alors ?
@ Valerie : pas de probleme pour la Belgique, pour le reste on verra !
@ Mireille : oui c'est bien pour cela que c'est complique, suis meme pas sure d'avoir un boulot en rentrant ! bisous et courage...
@ Homeo : j'ai des personnes en France qui sauront me debrouiller la tete, et puis savoir si mon manque est une chimere, un reve ou un vrai besoin...

Valerie a dit…

Mireille je suis triste de te lire, reviens donc sur ton blog tu nous auras pour te remonter le moral :)
Nath : je t'envoie tout le courage possible. Et crois moi les belges n'ont pas leur pareil pour remonter le moral ! hi hi

Bisous à toutes les deux

ms a dit…

J'espère juste que tu pourras prendre ta décision en toute sérénité. Pas évident de suivre son homme et encore plus aux US, encore moins évident de ne pas être la femme de quand on est en ex(im)pat. Je déteste lorsqu'au bout de 2 mn de conversation après les présentations, on demande 'et ton mari il fait quoi ?', et pourtant j'en suis fière de mon mari mais je ne suis pas que la femme de ... Je te souhaite que ces 15 jours t'aident, vraiment.

M@ryline a dit…

Bonne réflexion Nath, on sent bien dans ton écrit combien tout cela semble compliqué... Je ne doute pas que tu puisses y voir plus clair d'ici peu...
bon retour et bon courage !!!

Adeline a dit…

Desolee cela fait un moment que je ne suis pas venue te rendre visite.
Je vois que tu fais face a un dilemme qui nous concerne tous un jour ou l'autre lorsque l'on vit a l'etranger et surtout lorsqu'on a suivi son cher et tendre dans cette aventure.

Moi en partant je n'avait rien a perdre, j'etais toute jeunette dans le monde du travail, cela ne faisait que 3 ans que je travaillais, et j'etais contractuelle dans l'Education Nationale, donc pas d'emploi fixe. Je me suis dis que partir ne pouvait etre que benefique pour notre retour en France, que j'allais pouvoir me "refaire un CV" que je ne serais plus cataloguee "Fonction Publique" a cause de ma petite experience professionnelle dans ce milieu.

Malheureusement j'etais trop naive, je pensais que les americains me tendraient grands ouverts les bras, que j'aurais trouve tout de suite un poste administratif plus ou moins egal a ce que je faisais en France. Mais voila il a fallu 20 MOIS pour que je puisse enfin faire mes premiers pas sur le marche du travail americain. L'interim etant tres aleatoire, cette semaine par exemple je n'ai pas de mission. :(

Bref je me suis un peu ecartee de ce que je voulais dire avant de commencer a ecrire.

En septembre, je suis rentree en France 2 semaines, et cela m'a fait beaucoup de bien. J'en avais besoin pour y voir plus clair quant a notre retour. Maintenant j'apprehende moins ce moment ou nous rentrerons, meme si je sais que la realite des vacances, n'est pas la meme realite que lorsque tu vis et tu travailles dans le pays en question. Mais je suis plus sereine qu'avant d'avoir fait ce sejour. Rentrer en France pour moi a ete une bouffee d'oxygene dont j'avais besoin apres ces 20 mois passes sur le sol americain.
Apres je pense que plus le temps passe, et plus le retour en France sera difficile. C'est vrai que pour des personnes qui ont vecu de tres nombreuses annees a l'etranger, un retour en France est difficilement concevable, meme si il ne faut pas faire de generalite car chaque personne est differente et chacun vit les choses differemment.
Il est vrai que pour nous qui n'avons pas d'enfants c'est beaucoup plus simple.
Je suis tres triste de lire ce retour difficile que vivent Mireille et sa famille.

Moi qui ne suis pas bavarde pour deux sous, j'ai ecris une tartine.

Bon courage ma belle ! On m'a toujours conseille de prendre la decision qui demande le plus d'audace ! Bonne reflexion !

Bises !!!

Adeline

Lilychocolat a dit…

Pas facile, tout ca! J'espere que ton sejour en France t'aidera a murir ta decision... Bon courage!

Yibus a dit…

Salut Nath, nous t'avons dit tout le bien que nous pensions de votre choix (de ce que vous vous offrez comme réflexion, Seb et toi, c'est une rare preuve d'amour et d'intelligence) et quelle que soit ta décision, elle me fera plaisir parce que ce sera la tienne et la vôtre...

Sinon, raconte-moi un peu cette histoire de mec qui s'invente un boulot... Pas moi ? Il est entendu que je ne fais rien du tout.
Et "conjoint suiveur", ça m'a fait bien sourire et penser à "voiture balai", en gros...

Bises à Seb et aux garçons.

Yibus a dit…

ah, encore un truc, j'adore cette chanson de Julien Clerc (pas neuneu, bien bien...).

escampette a dit…

J'imagine la joie des retrouvailles et je suis heureuse pour toi !

En ce qui concerne votre decision, j'aimerai pouvoir t'aider. Je sais pour le vivre actuellement que nous sommes differents en rentrant en France et que ce manque de curiosite dont parle Mireille est tres reel. Sans un projet concret en France, j'aurai eu l'impression de regresser alors...
Bon sejour chez nous ! Bises ma belle !

ariana lamento a dit…

Dur, dur... je pense à toi.

nathinphoenix a dit…

@ Valerie : oui c'est ca encourage Mireille pour le blog et puis on se dit qu'un jour on se verra au pain quotidien devant une tartelette aux fraises !
@ MS : ah oui c'est un grand moment, comme quand on devient transparente lorsqu'on demande un pret...
@ Marylin : oui ca prend la tete mais n'exagerons rien, j'ai une belle vie tout de meme...
@ Adeline : merci de tes mots et du conseil d'audace ! Bon courage a toi.
@ ma cousine : oui une bonne raclette au blanc de derriere les fagots ca aide a reflechir.
@ Yibus : merci ! Mais non c'est un mec que j'avais rencontre l
'an dernier, et qui n'assumait pas la situation, alors il disait qu'il faisait du business, mais sa femme l'appelait mon majordhomme gratuit... Weird no ?
@ Escampette : oui c'est ca viens donc m'aider un peu m'ame la comtesse... on aimera bien te voir!
@ Ariana : ca fait super plaisir de savoir que tu penses a moi. merci !

@ Tous : bon ben je boucle la valise dans une heure et prends l'avion demain. Revenir en France ca fait presque peur... apres si longtemps... Bises et merci a tous.

Je vous ferai un article sur le deuxieme effet kisscool : le retour !!!!!!!!

Sissi a dit…

Oh ben ma Nath! je comprends aussi, moi je n'ai jamais ete expat et j'ai suivi vraiment de partout. Pour nous, c'est decide, a l'adolescende des boys, nous rentrons aux US pour de bon (la, j'ai repris mes etudes en attendant).
Bon, surtout n'hesites pas a me contacter si tu es dans le coin, je serais contente de te revoir (et te dire ce que je pense de ton questionnement)
Bisous

bennejean a dit…

Oui c'est difficile a choisir je te comprends ! Allez prends toi qq jours de reflection en plus et vois ce qui est le mieux pour toi ! bises

Claire a dit…

Dur de se poser les bonnes questions et surtout de trouver les bonnes réponses...
L'essentiel est d'être heureuse, heureux !!! Ta décision sera la bonne parce qu'elle te/vous rendra heureux !
Tes questions semblent bien légitimes...
Alors, bon courage, je sais que ces moments la ne sont pas les plus faciles mais il faut en passer par la pour ne pas juste se laisser vivre...
Je suis de tout cœur avec toi !
Bises

veronique a dit…

Bon et bien moi je ne suis pas venue sur le blog dspuis longtemps et je découvre ton article. Bon séjour en France si c'est une siade à la décision c'est bien...
je pense bien à toi, tu le sais.
je t'embrasse

bennejean a dit…

J espere que tu prendra la bonne decision ma belle et de toutes les facons celle que tu prendra sera celle du coeur ! Fait ce qu'il te semble bon pour toi et les tiens! Nous sommes en pleine reflexion egalement, c'est dur , si on ne le vit pas on a du mal a le ressentir au fond des tripes ! Je vais reflechir a une com sur le sujet pour avoir l'avis de plusieurs expats comme nous ! Car cela me tracasse aussi.On en a parlait en juin tu te souviens ? le pour le contre ...le meilleur quoi!
Bises ma belle

Sissi a dit…

Ben t'es ou?
T'as loupe ton avion ou bien?